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Violence conjugale / Contrôle coercitif

Par où commencer…

Je rédige cet article en octobre 2026, où nous avons une des pires années face aux féminicides en contexte conjugal, soit entre 14 et 17 en date de septembre. Dans le présent article, nous allons utiliser le féminin lorsque nous parlons de victime et le masculin lorsque nous parlons d’auteur de violence puisque, statistiquement, c’est une problématique très genrée. Cela ne sous-entend pas que les hommes ne peuvent pas en être victimes, sans parler des relations entre deux femmes, deux hommes ou les relations issues de la diversité de genre. 

Le discours sur la violence conjugale a dû évoluer au fil du temps, et heureusement, puisqu’il fut un temps où la violence à l’intérieur d’une relation appartenait à ladite relation et la société ne s’en mêlait pas. On a également longtemps parlé de violence conjugale par la suite et encore aujourd’hui, malgré l’évolution du terme, nous continuons de l’employer dans les diverses sphères des services à la population (police, ressources en hébergement, CAVAC, etc.) 

Certains ne comprennent pas pourquoi dans le discours scientifique et social, la terminologie change : on parle aujourd’hui de contrôle coercitif parce que notre compréhension de la problématique a également évolué!  Longtemps, plusieurs femmes ne s’identifiaient pas comme étant dans une relation de violence conjugale parce qu’elles ne vivaient aucune violence physique. Toutefois, elles pouvaient vivre des formes de contrôle variées : la surveillance, le contrôle des va-et-viens, l’isolement de leurs amis et famille, l’interdiction d’étudier et d’avoir accès à un revenu ou même que le revenu est entièrement géré par l’auteur de violence, entre autres. 

Parlons contrôle coercitif

Contrôle pour…bien, le contrôle exercé sur l’autre personne et, coercitif pour forcer, soit que la personne n’est pas consciente ou consentante au contrôle qu’elle subit. 

Je vous invite donc à voir le contrôle coercitif comme étant une boite à outils dans laquelle l’auteur de violence puise pour exercer un contrôle sur sa partenaire. Ces comportements manipulatoires s’inscrivent dans un cycle de violence qui contribue à la confusion de la personne victime face à ce qu’elle vit et qui la maintient longtemps dans la relation malgré elle. 

Voici quelques exemples pour vous illustrer à quoi ça peut ressembler : 

  • Un homme trompe sa conjointe et dès que celle-ci le questionne sur ses absences inexpliquées, il réagit avec colère et minimise ce que la personne vit en l’accusant d’être jalouse, d’être folle de penser qu’il la trompe ou même qu’il l’accuse lui-même de tromperie. Ceci a pour effet de mettre la personne victime dans une position où elle doit se défendre de l’accusation, ce qui enlève l’attention sur lui. La chicane se finit sans conclusion, et surtout, sans réponses.  
  • Une femme se marie et immigre dans le pays où réside son conjoint. Une fois arrivée, elle ne parle pas la langue de son pays d’accueil et ne connait personne dans ce nouveau pays. Loin de son réseau de support, le contrôle s’installe tranquillement. Mme veut apprendre la langue mais son conjoint lui interdit en lui faisait croire que ce n’est pas nécessaire et qu’il va prendre soin d’elle. Il peut également lui faire croire qu’elle n’est pas assez intelligente pour apprendre une nouvelle langue et que ça ne vaut pas la peine d’essayer (question de s’attaquer à son estime d’elle-même en même temps). Mme se trouve un emploi dans une épicerie où elle n’a pas besoin de parler la langue, et sa paye va directement dans le compte de M. qui gère toutes les finances sous prétexte qu’il veut lui sauver le mal de tête mais qu’en soi, Mme n’a aucune idée de l’argent qui s’y trouve et de ce qui est fait avec. 
  • Un couple vit une relation de rêve durant plusieurs mois, où M. traite Mme avec générosité et soin, lui promettant une vie remplie de luxe et de confort. Ils achètent une maison et emménagent ensemble. Mme réalise tranquillement que M. semble consommer de l’alcool régulièrement et trouve même des cannettes cachées dans la maison. Mme en parle avec M. et il se fâche, l’accusant de leur créer des problèmes sans raison que le problème c’est elle, et non sa consommation. Mme se remet en question et se demande si effectivement, elle en fait tout une histoire pour rien. Ensuite, Mme tombe enceinte, et maintenant, son conjoint lui interdit de sortir, l’accusant de le tromper et la questionne même si elle est enceinte de lui. Mme se défend incessamment de ses accusations, et avec le temps, s’isole de plus en plus pour acheter la paix. 
Je pourrais vous en donner une tonne d’exemples de situations que nous rencontrons dans nos bureaux comme ceux-ci, mais le but ici est de vous donner un aperçu du contrôle coercitif. En soi, un ou deux comportements problématiques ne veulent pas dire que la relation est toxique en soi, mais c’est l’accumulation de comportements manipulatoires ainsi que l’intention derrière les comportements (contrôle et pouvoir sur l’autre). 

Cycle de la violence

J’ai fait mention de cycle un peu plus tôt. Eh bien, le cycle comporte 4 phases : Lune de miel, tension, agression, justification. 

Lune de miel

Justification

Tension

Agression

  • Lune de miel : Aussi appelé l’étape de la Rémission, c’est d’abord la première étape de la relation, où il peut y avoir beaucoup d’amour et d’attention envers la personne victime, des promesses de toutes sortes, et bien, un futur envisagé qui semble merveilleux, même trop beau pour être vrai. On parle de Rémission lorsque cette étape revient plus tard dans la relation dans le cadre du cycle. 
  • Tension : C’est l’étape où la personne victime a l’impression de «marcher sur des oeufs» autour de l’auteur de violence. C’est l’étape où on a l’impression que quelque chose s’en vient, où on est dans l’appréhension de la suite. Lorsque le cycle est bien installé, c’est l’étape où la personne victime va tenter de calmer son appréhension en prévoyant les besoins de son partenaire et d’y répondre d’avance afin de sentir qu’elle peut prévenir la prochaine étape. 
  • Agression: Pas nécessairement physique, l’agression peut être une accusation de tromperie par exemple. On parle ici de violence physique, psychologique, économique, sociale, etc. Ça amène un sentiment d’outrage chez la victime. 
  • Justification : C’est l’étape où l’auteur de violence va justifier ses agirs, avec des distorsions face à la réalité. Par exemple, la crise de jalousie et l’accusation de tromperie est justifiée par la force de son amour envers la victime : «Je t’aime tellement que je craignais de t’avoir perdu pour un autre.»

Suite à la justification, on retourne à l’étape de la lune de miel / rémission, où on peut recevoir des cadeaux, de belles attentions, etc. Cette étape a pour but de donner espoir à la personne victime afin qu’elle demeure dans la relation et qu’elle croie que cela va changer. Éventuellement, cette étape est de moins en moins longue dans le temps, et parfois même peut disparaître lorsque l’auteur de violence croit avoir une emprise suffisamment forte sur sa victime qu’il n’a plus besoin de lui donner espoir.  

Prenons une personne qui subit ce type de relation depuis plusieurs années, où il lui a fait croire qu’elle ne vaut rien sans lui, qu’il est un ange de rester avec une personne aussi problématique, qu’il l’isole de son entourage, etc. L’étape de la rémission n’est plus nécessaire parce que la personne victime voit son estime d’elle-même réduit à rien, n’a plus de réseau de support sur qui elle peut compter si elle quitte, croit qu’elle est le probleme, etc. 

L’importance de consulter un professionnel outillé sur la problématique

La manipulation qu’une personne peut subir dans ce type de relation peut lui faire sentir responsable de cette violence, et celle-ci peut continuer même après la séparation, ce qu’on appelle communémment la violence post-séparation dans notre jargon. C’est si sournois, que consulter un professionnel peut nous ouvrir les yeux sur ce qu’on a vécu, nous permettre de prendre de la distance sur la situation afin de remettre la responsabilité des comportements problématiques à l’auteur de violence et de se protéger. Un professionnel peut faire appel à des ressources spécialisées s’il croit que votre vie est en danger, ou vous guider vers des ressources d’hébergements par exemple. 

Vous cherchez des ressources sur la problématique? Bien entendu, si votre vie est en danger, contacter le 911 rapidement. Sinon, cliquez ici pour une liste non-exhaustive de ressources.